Lors de sa séance du 9 octobre 2005, la société des écrivains d'Alsace Lorraine et du Territoire de Belfort a rendu hommage à Pierre Fritsch à travers ce texte de Jean-Claude Jacoby:
Pierre Fritsch (1930-2005)
Né à Joeuf en 1930, Pierre Fritsch s'est éteint le 30 août dernier à l'âge de 75 ans. Il n'a jamais quitté sa maison natale construite en 1880 par son arrière grand-père dans ce coin de l'ancienne Moselle rattaché au nouveau département de Meurthe-et-Moselle créé après le Traité de Francfort du 10 mai 1871. Il y grandira et fera sa scolarité primaire et ses études secondaires à Joeuf et à Briey, au milieu des usines et des mines de fer de la famille de Wendel, installée depuis 1704 à Hayange puis à Moyeuvre, et en 1882 à Joeuf dans la Lorraine demeurée française, cette commune jouxtant Moyeuvre alors annexée à l'Allemagne. Industriel, minier, l'espace wendélien qui fourmille d'ouvriers ne connaîtra pas de réelle frontière, les ouvriers du fer et les mineurs la franchissant quotidiennement sans être inquiétés au gré de leur fantaisie, des embauches et des mutations. Là se côtoient dans les industries de la Vallée de l'Orne des Lorrains restés Français et des Lorrains devenus Allemands, souvent de la même famille, mais aussi des travailleurs allemands, italiens, polonais, slaves, qui fonderont des familles dont les descendants deviendront eux aussi de vrais Lorrains attachés au terroir, malgré les conflits de 1914-18 et de 1939-45. A la fin des années 1950 Pierre Fritsch obtient son deuxième baccalauréat après une année passée au lycée de Rombas en Moselle, autre site important de la Lorraine du fer. Plus tard ses écrits exhaleront ce terroir laborieux, sa population cosmopolite et son particularisme local ancrés dans sa chair. Il doit alors gagner son pain et entame une vie professionnelle dans la métallurgie puis dans les travaux publics, tout en continuant ses études.
Licence de philosophie en poche et diplômé d'études supérieures, il devient professeur et enseigne au centre d'apprentissage de la sidérurgie de Thionville, au collège de Briey, aux lycées de Thionville puis de Metz, et enfin au lycée de Rombas, à l'Ecole normale de jeunes filles de Metz et dans la toute jeune université messine.
Ayant toujours manié le verbe et la plume avec aisance, Pierre Fritsch publie son premier roman en 1966 chez Grasset, Une enfance lorraine dont le succès exige trois tirages successifs de 4000 exemplaires et lui vaut de décrocher le prix Georges Sadler en 1967. L'année suivante chez le même éditeur, son second roman, Le royaume de la côte, est récompensé par le prix populiste et dans la foulée le troisième, toujours chez Grasset, Nos cousins d'Allemagne édité en 1970 reçoit le prix Claude Farrère. Inoubliable et irremplaçable également sa biographie Les Wendel, rois de l'acier français, publiée chez Laffont en 1976. Pendant plusieurs années, il tiendra encore une chronique littéraire dans le quotidien régional Le Républicain Lorrain. Il était Chevalier dans l'ordre des Palmes académiques. D'autres écrits de Pierre dorment encore dans des cartons, puissent-ils un jour être édités. A un chroniqueur régional qui, l'interrogeant en 1970, étonné de le voir fidèle à ce paysage industriel, lui demanda s'il était amoureux de la Lorraine, il répondit simplement : " Mais bien sûr, et vous aussi, c'est pourquoi nous restons ici ! "
A madame Stéphanie Fritsch son épouse, ancienne libraire, qui souvent l'accompagnait aux manifestations littéraires et aux assemblées de la délégation de Moselle de notre Société et à toute sa famille nous présentons nos condoléances attristées.